40 LOGEMENTS PASSIFS label MPF* / ZAC Beauregard Quincé – RENNES(35)


(* maison passive france)

Maître d’ouvrage : ESPACIL
Programme : COLLECTIFS LOCATIFS
Coût : 3 794 900 euros HT (1 425/m2)
SP : 2 863 m2
Equipe : C. Lemonnier (économiste) / BEC (BE fluides) / HINOKI(BE thermiques) / OUEST STRUCTURES (BE structures)
Phase : livré en mars 2017
Niveau de performance : label « maison passive France »
Mission : complète base loi MOP

Le projet est situé dans la ZAC Beauregard Quincé, au Nord de Rennes.

Le bâtiment compte 40 logements locatifs et repose sur une approche essentiellement urbaine du site car il est construit au croisement de deux trames du plan d’urbanisme. Notre intention visait à réaliser un projet qui vienne en quelque sorte « raccorder » ces deux trames jusqu’au point de prendre formellement l’allure d’une «couture » : ici c’est littéralement le site qui « produit le bâtiment » et le « déhanchement » des deux éléments principaux posés l’un sur l’autre. Tout ce qui a ensuite été ajouté au projet participe à cette seule idée. Le bâtiment est compact et monochrome ; il est réalisé en aluminium laqué ; l’ensemble est volontairement plan et très lisse. Un étage de transition réalisé en bois renforce le « déhanchement » des deux principaux monolithes du projet.

Ce projet est le plus grand collectif passif en Bretagne labélisé maison passive France.

Cet immeuble de 40 logements est par suite dispensé de toute installation de chauffage conventionnelle.
Ni chauffage par le sol, ni radiateurs, seulement de discrètes bouches de ventilation, c’est ce que l’on remarque immédiatement, lorsque l’on visite un des 40 appartements du « Mouvement Perpétuel », le nom donné à cette résidence locative érigée dans le nouveau quartier de la ZAC Beauregard-Quincé. On remarque également des hauteurs sous plafond de trois mètres pour les logements du troisième niveau, une nécessité pour permettre le passage des gaines de chauffage/ventilation, dans le plénum des faux plafonds des parties communes. Enfin, l’observateur attentif notera une épaisseur de murs conséquente, ainsi que l’installation de menuiseries mixtes à triple vitrage, quelle que soit l’orientation des façades.
Ces quelques particularités représentent « la partie visible de l’iceberg ». En amont, c’est d’abord une démarche pragmatique qui a prévalu. Les architectes et la maîtrise d’ouvrage souhaitaient réaliser un bâtiment réellement passif, sans artifices extérieurs. Pour cela, ils décident d’optimiser l’enveloppe du bâtiment, et de s’affranchir au maximum de procédés ou de techniques nécessitant de la maintenance. C’est l’aboutissement d’un projet mené sur le long terme, qui a dû prendre en compte une multiplicité de paramètres architecturaux, techniques et réglementaires.
Jean Yves Loury, directeur du développement et de la construction chez Espacil Habitat, maître d’ouvrage, insiste également sur cette volonté d’aller de l’avant, et d’être prêt pour les réglementations futures. « Nous sommes en permanence dans une volonté d’innovation et d’anticipation par rapport aux différentes réglementations à venir. Par exemple, nous avons construits dès 2009 des logements conformes à la RT 2012, et en 2017, nous livrons là un bâtiment conforme à ce que devrait être la RT 2020 »

S’éloigner de la lame d’air ventilée

Un bâtiment passif doit posséder une enveloppe très isolée et la plus hermétique possible, afin de réduire au maximum les déperditions thermiques. Julien Bagnard, le responsable du bureau d’études de Myral qui a fourni les systèmes de façades, détaille le contexte : « Dans cette démarche de façade devant présenter une étanchéité à l’air maximale, nous nous sommes éloignés du principe du bardage à lame d’air ventilée. Le complexe d’isolation est composé, de l’extérieur vers l’intérieur, d’un parement en aluminium de 7/10ème de mm, d’un isolant de 62 mm en mousse polyuréthanne de type PIR, d’un pare-vapeur, de 160 mm de laine de verre fixée directement par chevilles dans le mur, et d’un deuxième pare vapeur fixé en continu sur le mur porteur. L’épaisseur totale de l’isolation atteint 222 mm, Il n’y a pas de lame d’air. Néanmoins, les transferts de vapeur se font grâce à la laine minérale. Les pare-vapeur, positionné pour le premier contre le mur, et pour le second entre la laine minérale et la mousse polyuréthanne, annihilent d’éventuels risques de condensation »
Les 1900 m2 de façades sont recouverts de panneaux M 62, de 9 et 12 mètres de long, fabriqués sur mesure et posés verticalement. La jonction entre panneaux se fait grâce à des rives de fixation en PVC coextrudé. La liaison avec le mur support est assurée par des pattes en aluminium, qui traversent l’épaisseur de la laine minérale.
La continuité, esthétique et thermique, se retrouve également au niveau des menuiseries mixtes bois/alu, fournies par Minco. Elles sont toutes équipées de triple-vitrages à contrôle solaire, quelle que soit l’orientation. Ce choix tient autant à des raisons de simplicité de gestion en phase de chantier, qu’à des économies d’échelle, en termes de négociation de prix avec le fabricant.

Insertion architecturale et coût global

Dans ce quartier récent, les constructions se signalent par des façades généralement très colorées et animées. Les concepteurs du projet avaient le choix de se calquer sur ce style, ou de s’orienter au contraire vers une certaine sobriété. C’est ce qu’ils ont fait, avec une peau extérieure très lisse et de teinte uniforme, ponctuée par quelques surfaces traitées en bois.
L’emplacement de la parcelle, orientée Est/Ouest, a également nécessité quelques réflexions. En effet, l’orientation idéale pour un bâtiment passif est Nord/Sud, avec des façades très fermées au Nord et des façades Sud profitant au maximum des apports solaires. Néanmoins, cette implantation va présenter quelques atouts, comme le fait de longer une circulation verte, et les architectes d’imaginer un bâtiment qui amorce le croisement de deux trames du plan d’urbanisme, en programmant un décalage fort entre le haut et le bas de l’ouvrage.
L’équipe de conception a également exploité la pente naturelle du terrain, pour créer un hall d’entrée d’une hauteur inhabituelle. La démarche est bienvenue, alors que l’on a oublié depuis trop longtemps de magnifier les entrées d’immeuble, qui représentent pourtant le premier contact pour le visiteur.
Comparativement à un bâtiment en conformité avec la RT 2012, le surcoût se positionne autour de 200 euros/m2. Le coût habituel de construction s’élève dans la région à 1200 euros/m2, on atteint ici 1400 euros. Pour être objectif, il faut également raisonner en coût global. En plus de charges qui devraient s’établir à des niveaux bas, le choix de l’aluminium prélaqué pour les façades et les profilés extérieurs des menuiseries, du bois et ponctuellement de la pierre pour les aménagements d’accès, laisse espérer un vieillissement homogène de l’enveloppe, sans avoir à financer dans la durée des ravalements réguliers.

14.4 kWh/m2/an annoncés

La centrale de ventilation double-flux, installée dans un local technique au troisième niveau, est au cœur du concept global. Elle permet d’irriguer les différents appartements, au travers de gaines passées dans le plénum des sous-plafonds des parties communes. Grâce à l’échangeur de chaleur, les calories de l’air vicié expulsé, servent à réchauffer l’air neuf filtré provenant de l’extérieur. Il n’y a pas d’entrées d’air extérieures dans les pièces principales, mais des bouches d’insufflation en provenance d’une entrée d’air unique.
Ce choix technique permet également de réduire les liaisons avec le réseau de chaleur urbain, utilisé en éventuel appoint pour le chauffage, mais surtout au travers d’un échangeur à plaques, pour les besoins en eau chaude sanitaire.
L’ensemble des solutions retenues : isolation, béton banché, triple vitrage, ventilation double-flux, etc. permet d’annoncer un R global de 7.64 m2. K/W . Les consommations de chauffage devraient être limitées à 14.4 kWh par mètre carré et par an, inférieures aux 15 kWh/m2/an imposés par le label allemand.
Du label Passivhaus au Bepos (Bâtiment à énergie positive), il n’y a qu’un pas qu’ont imaginé les concepteurs et le bureau d’études thermique. Pour passer au Bepos, il faudrait installer sur le toit du bâtiment des capteurs photovoltaïques, ce qui reste simple à concrétiser, la terrasse étant vierge de tout équipement. De plus, les acrotères en terrasse présentent une hauteur suffisante, 1 mètre, pour assurer la sécurité du personnel de maintenance, enfin, le passage des différents câblages nécessaires à une telle installation a déjà été intégré dans des réservations adéquates.
« Néanmoins », ajoute Jean Yves Loury « les décisions d’équipements, quelles que soient leurs qualités, prennent en compte les coûts de maintenance, et c’est vrai que nous avons tendance à d’abord privilégier les performances de l’enveloppe, face à des équipements techniques, qui par définition nécessitent de la maintenance, et doivent être rénovés ou remplacés à terme »

Sensibiliser les locataires

Un appartement passif ne se gère pas comme une habitation classique. Le bailleur distribue à cet effet un guide aux nouveaux locataires, afin qu’ils puissent acquérir de nouvelles habitudes. Il faut par exemple éviter d’ouvrir les fenêtres, particulièrement en hiver. Il faut laisser entrer le soleil, éviter les rideaux épais ainsi que les volets fermés. Le linge doit être mis à sécher dans les loggias, pas à l’intérieur des appartements, afin de ne pas augmenter le degré d’humidité. Les occupants sont également sensibilisés à la nécessité de conserver l’étanchéité à l’air des façades, ce qui exclue tout percement des parements extérieurs, par exemple pour fixer une parabole…
Le respect de ces points est très important, pour espérer atteindre les objectifs prévus. En effet, l’expérience montre que nombre de projets ont déçu dans la durée, parfois pour des raisons de défauts de conception ou de mise en œuvre. Ce peut être aussi le fait de comportements des locataires, qui peuvent avoir du mal à intégrer des modes de fonctionnement qui ne sont pas spontanément naturels.

Encadré

Quels critères pour le label Passivhaus ?

Pour atteindre les critères du label Passivhaus, le besoin de chauffage doit être inférieur à 15 kWh d’énergie utile par m2 de surface de référence énergétique et par an. Il faut également respecter une consommation totale en énergie primaire (tous usages, électroménager inclus) inférieure à 120 kWh par m2 de surface de référence énergétique par an. La perméabilité à l’air de l’enveloppe, mesurée sous 50 pascals de différence de pression, doit être inférieure ou égal à 0.6 m3/(h.m²). Enfin, la fréquence de surchauffe intérieure, c’est-à-dire des températures intérieures supérieures à 25°C, ne doit pas dépasser 10% des heures de l’année.

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CREDITS

Photographies : Alexandre Wasilewski,  AWPA

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